Architecture bambou : les architectes qui font référence, de Bali à la France

Publié le 7 septembre 2026 à 16:45

Le bambou est encore perçu comme un matériau de jardin (les fameux piquets de tomates...) ou d'artisanat traditionnel. Pourtant, partout dans le monde, des architectes visionnaires en ont fait un matériau de haute technicité, capable de porter des toitures de plusieurs centaines de mètres carrés, d'habiller un aéroport international ou de structurer une école tout entière.

Ibuku à Bali, Simón Vélez en Colombie, Vo Trong Nghia au Vietnam, Richard Rogers à Madrid... Ces noms ne sont pas toujours connus du grand public, mais ils ont chacun, à leur manière, fait avancer la reconnaissance du bambou comme matériau d'architecture contemporaine. Je vous propose un tour du monde de ces figures qui m'inspirent, avant de terminer... chez nous, en France, où cette histoire s'écrit aussi, modestement mais sûrement.

(Vous cherchez plutôt une galerie de photos d'inspiration bambou ? Direction mon article Construction en bambou : exemples emblématiques d'architecture et d'aménagement.)

L'Asie du Sud-Est, terre d'origine de l'architecture bambou contemporaine

Sharma Springs à Bali - Ibuku

Impossible de parler d'architecture bambou sans évoquer Ibuku, l'agence basée à Bali fondée en 2010 par Elora Hardy. Après une carrière dans la mode à New York, elle rentre sur l'île où elle a grandi pour rejoindre le projet porté par ses parents, John et Cynthia Hardy : la Green School, une école internationale bâtie presque entièrement en bambou.

Depuis, Ibuku a conçu plus de 90 structures en bambou en Asie du Sud-Est et jusqu'en Afrique : le Green Village, un ensemble de villas privées dont la spectaculaire Sharma Springs, l'hôtel-boutique Bambu Indah et ses Tree House Suites, ou encore, plus récemment, The Arc, une arche impressionnante construite pour la Green School avec des portées de 19 mètres, en collaboration avec Jorg Stamm.

Jorg Stamm mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde : formé comme menuisier en Europe, c'est en Colombie qu'il découvre le guadua, avant de devenir l'un des rares experts capables de faire dialoguer les savoir-faire indonésiens et colombiens.

On lui doit aussi des ponts et passerelles monumentaux en Colombie, ainsi que des structures pour la protection des orangs-outans à Sumatra.

Pont colombien - Jorg Stamm
Expo universelle de milan 2015 - VTN Architects

Au Vietnam, Vo Trong Nghia a fait du bambou sa signature. Né en 1976 dans une famille modeste, formé au Japon, il fonde son agence VTN Architects en 2006, après avoir découvert le travail de Simón Vélez. Sa botte secrète : construire des structures en bambou sans un seul clou ni vis, en s'appuyant uniquement sur des systèmes de ligatures et d'assemblages traditionnels. Le Pavillon du Vietnam à l'Exposition universelle de Milan en 2015 reste l'une de ses réalisations les plus marquantes : une structure démontable, entièrement en bambou, saluée dans le monde entier. Il partage aujourd'hui son expertise à l'Université de Pennsylvanie et à Yale, sans jamais quitter son atelier vietnamien.

Direction ensuite la Thaïlande, avec un exemple qui me touche particulièrement : la Panyaden School, près de Chiang Mai, conçue par l'agence néerlandaise 24H architecture.

Posée dans un ancien verger, l'école mêle bambou et terre crue pour créer des pavillons aux toitures ondulantes, presque organiques. 

Panyaden School - 24H architecture

À Bali toujours, l'agence Asali Bali poursuit ce travail en associant ingénierie structurelle moderne et savoir-faire balinais traditionnel. Vous pouvez découvrir un de leurs éco-lodges dans ma galerie d'inspirations internationales.

La Colombie, berceau de la guadua

Nomadic Museum intérieur - Simon Vélez
Nomadic Museum extérieur - Simon Vélez

S'il fallait citer un seul nom fondateur, ce serait celui de Simón Vélez. Né en 1949 à Manizales, fils et petit-fils d'architectes, ce Colombien est le grand pionnier de la construction en guadua angustifolia, ce même bambou que j'ai découvert en Colombie et qui m'a moi-même donné envie de me lancer dans ce métier.

Depuis les années 1990, en collaboration avec l'ingénieur Marcelo Villegas, il a mis au point des systèmes d'assemblage (jointures remplies de mortier) qui permettent de construire des portées impressionnantes avec un matériau longtemps réservé aux habitations rurales.

Sa réalisation la plus spectaculaire reste le Nomadic Museum, construit en 2008 sur le Zócalo de Mexico City pour accueillir l'exposition Ashes and Snow de Gregory Colbert : 5 000 m² de structure en bambou, la plus grande jamais construite à l'époque. Vélez a bâti dans plus d'une dizaine de pays — Allemagne, France, Chine, Panama, Inde...  et a reçu le Prince Claus Award en 2009 pour sa contribution à une architecture durable et responsable.

Toujours en Colombie, le collectif Tacuara perpétue cette transmission à travers des formations en construction bambou, en Colombie mais aussi en Équateur ou dernièrement en Argentine. La preuve que le savoir-faire colombien continue d'essaimer bien au-delà de ses frontières.

Le Mexique, entre bioconstruction et design paramétrique

Au Mexique, l'agence Arquitectura Mixta représente une nouvelle génération : celle qui associe le bambou aux outils de conception numérique les plus avancés (algorithmes paramétriques, simulation des charges de vent...). Leur réalisation la plus récente, le Bamboo Temple Hotel à la Isla Mujeres (2023), est un ensemble de quatre structures totalisant 593 m², dont Templo, un sanctuaire inspiré d'un mollusque marin caribéen, porté par des arcs de 12 mètres de haut. Pensées pour résister aux ouragans, ces structures illustrent bien que le bambou est un matériau d'ingénierie, capable de plier sans rompre.

Templo - Arquitectura mixta

Et en Europe, le bambou gagne aussi du terrain

Plafond en bambou aéroport de Madrid - Richard Rogers

On l'ignore souvent, mais le plus grand projet de référence en bambou au monde ne se trouve ni en Asie ni en Amérique latine : c'est le plafond du Terminal 4 de l'aéroport de Madrid-Barajas, conçu par l'architecte britannique Richard Rogers (Pritzker Prize) et livré en 2005. 200 000 m² de lames de bambou lamellé habillent le plafond ondulé de ce terminal qui accueille des millions de passagers chaque année. Il aura fallu deux ans de développement technique pour que le bambou réponde aux normes de sécurité incendie européennes les plus strictes tout en épousant les courbes voulues par l'architecte. C'est la preuve que ce matériau peut répondre aux cahiers des charges les plus exigeants.

En France, François Puech est une figure incontournable, bien avant moi !

Chapitologue depuis les années 1970, il conçoit dès 1993 le tout premier chapiteau à mâture bambou, homologué en 1998.

Aujourd'hui à la tête de la coopérative Bambouscoopic, il continue de développer des chapiteaux et tentes en bambou pour l'événementiel, avec du bambou français et colombien. Un vrai précurseur du bambou en France. 

Chapiteau Bambou - François Puech
Canisses en bambou - AREP

Autre exemple français que j'aime beaucoup : la gare de Nîmes-Pont-du-Gard, livrée en 2020 par l'agence AREP pour SNCF Gares & Connexions. Sous une grande ombrière, un plafond en canisses de bambou brut (tronçons de 1,5 m, 40 mm de diamètre, en Dendrocalamus strictus) filtre la lumière et rappelle les ambiances méditerranéennes des canisses traditionnelles.

Premier bâtiment ferroviaire certifié "Bâtiment Durable Occitanie", cette gare montre bien comment le bambou peut aussi être utilisé à l'échelle d'un grand équipement public, dans une démarche bioclimatique très concrète.

Ce que ces réalisations révèlent pour vos projets

Ce tour du monde n'est pas qu'une galerie de jolies photos. Pour un architecte, un architecte d'intérieur ou un paysagiste qui envisage le bambou pour un projet, ces réalisations sont des exemples qui prouvent que :  

 

  • Le bambou tient la charge. Les arches de 19 mètres à Bali, et les ponts colombiens nous le montre.
  • Le bambou passe les normes. Le Terminal 4 de Madrid répond aux normes de sécurité incendie européennes les plus strictes. En France aussi, nos structures doivent répondre aux mêmes exigences de durabilité et de sécurité.
  • Le bambou s'adapte à tous les climats. Zones cycloniques au Mexique, climat méditerranéen à Nîmes, climat tempéré en France... à condition d'adapter les essences, la période de récolte et les traitements éventuels. 
  • Le bambou offre des possibilités de création illimitées. Clin d'œil aux canisses méditerranéennes à Nîmes, mollusque caribéen à Isla Mujeres, ponts en bambou, cocon sur mesure : le bambou n'as pas de limites créatives ! 

 

    Et en France, aujourd'hui ?

    Face à tous ces noms, on pourrait croire que la France est en retard sur le bambou. Ce n'est qu'à moitié vrai : les pionniers existent, comme François Puech ou l'équipe d'AREP, mais le bambou français reste encore un matériau méconnu, trop souvent associé à un imaginaire "exotique" ou "jardin" plutôt qu'à un vrai matériau de design.

    C'est tout le sens de mon travail avec l'atelier Obambo : après avoir appris la construction en bambou en Colombie et au Mexique, je suis rentré en France pour auto-construire ma propre maison en ossature bambou : la première du genre en France, à priori. Depuis, je travaille le bambou français, issu de bambouseraies que je gère dans le sud de la France. Je réalise des arches, claustras, luminaires, cocons ou scénographies sur-mesure, pour des architectes, des paysagistes, des hôtels et des collectivités qui veulent, eux aussi, réinventer ce que le bambou peut être.

    Alors si ces réalisations internationales vous inspirent autant que moi, sachez qu'on peut créer des choses tout aussi ambitieuses ici, avec du bambou local. Envie d'échanger sur un projet ?

    Espace de travail en bambou - Mattias LAMBERT
    Arche en bambou - Mattias LAMBERT

    En résumé

    De Bali à Nîmes, en passant par la Colombie, le Mexique et Madrid, ces architectes et artisans ont chacun démontré, à leur échelle, que le bambou est un matériau d'architecture à part entière : résistant, flexible, spectaculaire et profondément durable. Ils ont ouvert la voie à une nouvelle génération de créateurs, dont je fais humblement partie en France, convaincus que ce végétal a toute sa place dans les projets les plus exigeants, des écoles aux aéroports, en passant par les hôtels et les gares.

    À propos de l'auteur

    Portrait bamboutier - Mattias LAMBERT

    Mattias Lambert est artisan bamboutier et fondateur de l'Atelier Obambo. Formé à l'éco-construction, il a appris la construction en bambou en Colombie et au Mexique avant de revenir en France pour auto-construire sa propre maison en ossature bambou.

    Passionné par les grandes réalisations internationales en bambou, il s'en inspire pour concevoir des arches, claustras, cocons et scénographies sur-mesure en bambou français, pour des architectes, paysagistes, hôtels et collectivités en quête d'un matériau à la fois design et éco-responsable.

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