Bambou et feux de forêt : une solution végétale contre le feu ?

Publié le 5 août 2026 à 22:12

Incendies en Gironde et dans les Landes : un été 2026 hors norme

Depuis le 22 juillet, le Sud-Ouest a vécu l'un des étés les plus terribles de son histoire récente. Le feu qui a ravagé le nord du bassin d'Arcachon a fini par parcourir 42 000 hectares, avec plus de 220 000 personnes évacuées en Gironde au plus fort de la crise. À Biscarrosse, dans les Landes, un autre incendie a brûlé plus de 3 600 hectares, avec plus de 30 000 habitants évacués.

Les deux feux sont aujourd'hui fixés et maîtrisés. Mais le bilan national, au moment où j'écris cet article, confirme que la France a dépassé la barre des 120 000 hectares brûlés depuis janvier, un record depuis le début des mesures satellites il y a 20 ans. Pour comparaison, l'année 2022, jusqu'ici la pire de la décennie, avait totalisé environ 72 000 hectares brûlés sur les douze mois complets. 

feu de fôret Gironde

Le bambou peut-il servir de pare-feu naturel ?

Alors posons la question franchement, en tant que bamboutier qui travaille le bambou tous les jours : et si le bambou faisait partie des solutions végétales de demain pour ralentir la propagation des incendies, tout en apportant des massifs "coupe-vent", un refuge pour la biodiversité et plus de stockage carbone ?

Soyons précis : à ma connaissance, aucune étude ne prouve à ce jour qu'une bambouseraie constitue, en elle-même, un pare-feu. Mais les arguments en sa faveur sont solides et méritent d'être pris au sérieux.

bambou barrière anti-feu

Pourquoi le bambou résiste mieux au feu que le pin

Contrairement au pin, le bambou vivant ne contient ni résine ni huiles essentielles inflammables. Il est aussi naturellement riche en silice, ce qui explique qu'un chaume vivant soit si difficile à enflammer.

Son système de rhizomes survit au passage du feu et repart en quelques mois, là où une forêt de pins met des décennies à se reconstituer.

Le bambou pousse remarquablement bien dans les Landes (mais pas que), certaines prairies de MOSO ont des sujets de plus de 24 cm de diamètre, le record de France.

L'exemple chinois des barrières végétales anti-incendie

La Chine montre la voie sur ce terrain. Plus de 364 000 km de barrières végétales y sont déjà implantées.

Le principe : remplacer les pare-feux classiques (bandes de terre nue) par des bandes de végétation peu inflammable, capables de ralentir la propagation des flammes, de maintenir une humidité plus élevée et de diminuer l'intensité du feu.

Une ressource éco-responsable aux usages multiples

L'autre argument de taille, c'est qu'on peut tout faire avec le bambou. On peut fabriquer des pellets pour le chauffage, des panneaux de particules, des isolants, du textile, du papier, manger les pousses, sans oublier l'aménagement, le design et l'agencement intérieur comme extérieur, mon métier au quotidien.

C'est une plante qui pousse vite, qui se récolte sans replantation ni engrais, qui stocke plus de CO2 que le bois, qui dépollue et évite l'érosion des sols... Une ressource renouvelable à tous les niveaux, feu de forêt ou pas.

Le bambou est-il vraiment une plante envahissante?

Alors oui mais vous allez me dire : oui mais il est envahissant. Le bambou n'est pas considéré officiellement comme une plante envahissante, car il se propage grâce à son rhizome et ne peut pas se propager très loin comme peuvent l'être certaines espèces dont les graines se propagent avec le vent, les oiseaux...

On peut aussi le contenir facilement en creusant un fossé en pente douce de 60/70 cm de profondeur sur le pourtour du massif, car le rhizome n'ira pas au-delà de 40 cm de profondeur.

Plantation de bambou Moso

Le bambou, une piste sérieuse face aux feux de forêt de demain

Plantation de bambou pour ralentir feux de forêts

Je n'affirme pas que le bambou éteindra un mégafeu à lui seul, loin de là. Mais dans des forêts plus diversifiées aux côtés d'autres essences moins inflammables, avec des débouchés économiques bien réels et de plus en plus présents, il a toute sa place dans la réflexion.

Un gros point d'attention à avoir néanmoins concerne l'entretien des bambouseraies : il est nécessaire d'enlever les cannes sèches pour éviter que celles-ci attisent le feu et réduisent l'effet de ralentissement du feu. Dans un monde où une filière bambou serait en place, c'est quelque chose de complètement envisageable compte tenu du fait que les bambouseraies entretenues produisent des meilleures cannes, plus belles et avec des diamètres plus conséquents.

En attendant, j'ai choisi de planter du bambou, pas pour ralentir les feux (quoique sait-on jamais), mais plutôt car je suis convaincu qu'on aura grandement besoin de cette ressource à l'avenir.

À propos de l'auteur

Mattias Lambert est bamboutier & artisan d'art. Il est le fondateur de l'Atelier Obambo. Formé à l'écoconstruction, il travaille le bambou pour concevoir des aménagements éco-responsables et des structures destinés à l'architecture intérieure, à la scénographie et au paysage.

À travers ses projets et ses articles, il s'intéresse particulièrement au design naturel, à la décoration et à l'architecture d'intérieur. Il croit en l'avenir du bambou en France, y compris comme ralentisseur de feu dans nos forêts.

Mattias Lambert bamboutier  qui plante du bambou

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